Pitié suprème

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Dans les journaux singuliers

Qui lui sont particuliers,

La Mode, à ce qu'il paraît,

Dicte un arrêt.

Plus d'Invisibles ! et plus

D'épais voiles superflus.

La reine du falbala

Change cela.

Les corsages, cet hiver,

Seront, pour ravir l'enfer

Si vous le leur permettez,

Décolletés.

Près du tissu blanc, ou noir,

Ou rose, ils laisseront voir

La blancheur et le dessin

Charmant du sein.

Les uns, spectacle inouï

Fait pour Rubens ébloui,

Montreront, dans le velours,

De beaux seins lourds.

D'autres songent, érudits,

Aux pommiers du paradis,

Et c'est un joli sein rond

Qu'ils montreront.

D'autres, baisés par le vent,

Montreront ce que souvent

Les Déesses n'ont point eu :

Un sein pointu.

Et dans un but assassin,

D'autres montreront un sein

Délicieux et très pur,

Quoique moins dur.

D'autres, venant à leur tour,

Montreront ce fruit d'amour :

Des seins fauves et dorés,

Mais adorés.

Et les yeux s'enivreront.

D'autres, enfin, montreront

(Oh ! ma pitié les absout !)

Quoi ? Rien du tout.