Places
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
J'aime que sur la place où traîne le couchant
Monte, parmi le bruit des foules, le doux chant
Des eaux claires sonnant au bronze des fontaines
Et que, centre au rempart des églises hautaines,
Dont le fleuve en passant fait ruisseler le seuil,
Et des lourds monuments des des arches d'orgueil,
L'obélisque fluet s'érige sous l'égide
Des huit villes siégeant dans leur robe rigide,
Qui, sur le crépuscule où meurent les contours,
Profilent en vigueur leurs chefs coiffés de tours ;
Et qu'auprès, scintillant comme un ballet d'étoiles,
Tournoie en titubant, névrosé jusqu'aux moelles,
Génial, amer, gai, charmant, terrible, gris,
Le grand léviathan écaillé d'or, Paris !
L'ample courbe des arcs de triomphe anguleux
Dont les ornements durs crèvent le ciel houleux,
Encadre le couchant qui monte et qui flamboie
Au loin comme un énorme et muet feu de joie,
Fond pur où les troncs noirs détachent leurs profils
Avec tous leurs rameaux fluets comme des fils,
Atmosphère dorée où s'élancent les flèches
Des clochers et que boit la pierre à pleines brèches,
Où les carreaux de vitre et la clarté des eaux
Redisent la splendeur du ciel, où les oiseaux
Laissent, portant aux nids leur butin minuscule,
Au travers de leur vol passer le crépuscule…
O pureté des cieux ! ô silence ! ô douceur !
Immense calme où peut se retremper le cœur,
Mourir la chair, l'esprit revenir à la règle
Et l'âme déployer son envergure d'aigle !