Plus de cors !

By Maurice Mac-Nab

Written 1886-01-01 - 1886-01-01

O désespoir, ô désespoir

Zoé (c'est ma femme), étendue

Sur un sofa, jambe tendue,

Tristement gémissait un soir !

N'était-ce pas une migraine

Ou quelque névrose inhumaine ?

Hélas ! c'était bien pis encor.

Pis que la mort, je vous assure :

La pauvre enfant souffrait d'un cor,

Ayant mis étroite chaussure.

Ce n'était pas un cor banal,

De ces cors qui ne font la guerre

Qu'aux extrémités du vulgaire :

C'était un cor phé-no-mé-nal !

Or chacun sait où les victimes

D'un cor intempestif et dur

Trouvent un remède très sûr

Pour quatre-vingt-quinze centimes.

Comme un fou je prends mon chapeau,

Mon lorgnon, ma canne et ma bourse,

Et je m'en vais, au pas de course,

Chez le célèbre Galopeau.

« Monsieur, me dit ce pédicure

(Lequel habite un entresol

Au boulevard Sébastopol),

Avant de tenter cette cure,

Je crois qu'il est superflu d'ex-

(La formule est dans le Codex)

Pliquer avec quoi je compose

Mon onguent odorant et rose.

Grâce à son efficacité,

Il est dans l'univers cité ! »

Après avoir dit cette phrase,

Très simplement et sans emphase,

Il me remit un petit pot

Plein de pommade Galopeau.

Or la malade avec adresse

Oignit de l'onguent sans pareil

L'extrémité de son orteil.

Voilà soudain qu'elle se dresse,

Elle marche, court, galope… oh !

Cette pommade Galopeau !…

Voilà bientôt une semaine

(O merveilleuse guérison !)

Que mon épouse se promène

Sans revenir à la maison.

Moi qui sais que la terre est ronde,

J'attends en paix la vagabonde,

En contemplant le petit pot

Plein de pommade Galopeau !