Plus de politique

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Ma mie, ô vous que j'adore,

Mais qui vous plaignez toujours

Que mon pays ait encore

Trop de part à mes amours !

Si la politique ennuie,

Même en frondant les abus,

Rassurez-vous, ma mie ;

Je n'en parlerai plus.

Près de vous, j'en ai mémoire,

Donnant prise à mes rivaux,

Des arts, enfants de la gloire,

Je racontais les travaux.

À notre France agrandie

Ils prodiguaient leurs tributs.

Rassurez-vous, ma mie ;

Je n'en parlerai plus.

Moi, peureux dont on se raille,

Après d'amoureux combats,

J'osais vous parler bataille

Et chanter nos fiers soldats.

Par eux la terre asservie

Voyait tous ses rois vaincus.

Rassurez-vous, ma mie ;

Je n'en parlerai plus.

Sans me lasser de vos chaînes,

J'invoquais la liberté ;

Du nom de Rome et d'Athènes

J'effrayais votre gaîté.

Quoiqu'au fond je me défie

De nos modernes Titus,

Rassurez-vous, ma mie ;

Je n'en parlerai plus.

La France, que rien n'égale,

Et dont le monde est jaloux,

Était la seule rivale

Qui fût à craindre pour vous.

Mais, las ! J'ai pour ma patrie

Fait trop de vœux superflus.

Rassurez-vous, ma mie ;

Je n'en parlerai plus.

Oui, ma mie, il faut vous croire ;

Faisons-nous d'obscurs loisirs.

Sans plus songer à la gloire,

Dormons au sein des plaisirs.

Sous une ligue ennemie

Les français sont abattus.

Rassurez-vous, ma mie ;

Je n'en parlerai plus.