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By Armand Renaud

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

J'AI soif de sentir, de connaître,

D'avoir ce que mon cœur rêva ;

S'il est un monde à part, d'en être,

J'ai soif d'aller où nul ne va.

La science a bien une lampe ;

L'aile lui manque pour le vol.

C'est la luciole qui rampe.

A quoi bon briller sur le sol ?

La prière a bien l'aile forte ;

Elle s'envole dans le noir.

L'infini la baigne. Qu'importe

D'atteindre aux choses, sans les voir ?

Je veux planer dans la lumière,

M'ouvrir un ciel illuminé,

Trouver, en dehors de l'ornière,

De quoi pouvoir être étonné.

Comment ! là-haut je verrais poindre

Toutes les constellations,

Sans en avoir conquis la moindre

Par tant de contemplations !

J'aurais sans fin, vers une idée,

Levé les yeux, tendu les bras,

Sans qu'elle soit escaladée

Par mon cœur étouffant au bas !

Dans cette lutte redoutable,

Je serai vaincu, non soumis.

Je n'accepterai point l'étable

Où les hommes sont endormis.

La magie enseigne un breuvage

Pour mener à l'inexploré :

Ciel, enfer, sur quelque rivage

Qu'il me jette, je le boirai.

Mon Dieu ! pardonne-moi mon crime

D'oser violer tes décrets.

Le poids de l'infini m'opprime.

De toi je veux être plus près !