Portrait
Written 1907-01-01 - 1907-01-01
Vous vîntes en ce cadre et n'en partîtes pas…
Le Temps allait changeant ses décors de théâtre.
Et, comme un temple vide, au rite de ses pas.
Résonnait près de vous la pendule d'albâtre…
Ceux qui vous attendaient s'en furent vieillement
Par la Route des jours, de Toussaints jalonnée.
Et vous restâtes là, dans l'oubli des années,
De l'ombre de jadis aux plis des vêtements.
Tombé l'Empire, avec les Épaules tombantes !
Et l'Air du Val d'Andorre, et le Pas des Lanciers !
O Friperies ! l'orgue rural tout seul vous chante,
Baden-Bade survit… en tailles sur acier !
— Vous saviez que, férus des amples crinolines
Et du double bouquet lilial de vos mains.
Des Rêveurs s'assoieraient près des Foyers éteints,
Le cœur tendre et gonflé comme une mandoline ;
Que Ceux-là du Futur, par la Laideur heurtés,
Ramasseraient leur vie ainsi qu'un faix de hardes
Et s'en iraient vers l'âge où vous avez été.
Avec l'Amour, enfant pesant qui les retarde !
Ah ! souriez, de votre toile, soyez-moi
Douce comme la mort et les vers de Verlaine,
O Vague ! ô si Présente et pourtant si Lointaine !
O Toi, qui demeuras en ce cadre pour moi !
Toi seule sais chanter les berceuses que j'aime ;
Toi seule sais chérir les choses d'autrefois :
Mets mon âme à ton cou, comme une écharpe blême
Qui t'entoure d'amour et soit souple à tes doigts…
Je mourrai sans te voir, à ton cadre fidèle.
Descendre me donner l'hyménéen baiser…
Ma vie est là, je la veux là et l'y laisser,
jaloux, jaloux de ceux qui viendront après elle !