Portrait
Written 1860-01-01 - 1860-01-01
PLUS souples au doigt que le cachemire,
Faisant oublier l'odeur de la myrrhe,
Tels sont ses cheveux.
Les plus beaux saphirs seraient choses vaines
Pour ceux qui verraient l'azur de ses veines
Sur son cou nerveux.
Qu'est-ce que l'ébène auprès de ses boucles ?
Qu'est-ce que la flamme et les escarboucles
Auprès de ses yeux ?
Près de son visage où tout se colore
D'un reflet vermeil, qu'est-ce que l'aurore
Qui se lève aux cieux ?
Parmi les rondeurs qui vont de sa joue
Jusqu'à son menton, le regard se joue
Mieux que dans un parc.
Pareille au soldat que le meurtre allèche,
Elle met sa joie à lancer la flèche.
Son sourcil est l'arc.
Au coin de sa joue est une fossette :
Abîme effrayant ! tout cœur qui s'y jette,
Y va se briser.
Ils n'aimeraient plus à cueillir les dattes,
Ceux qui cueilleraient, assis sur les nattes,
Son fruit, le baiser.
Et cela soit dit sans aucun blasphème,
Il se raillerait du paradis même,
Celui sur lequel,
Avec ses parfums, ses chansons, sa flamme,
Amoureusement, flotterait son âme,
Sœur de l'arc-en-ciel.