Pour des cheveux

By Louis Dantin

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

En docile et gentille amante

Attentive à ce que je veux,

Tu m'as remis hier, charmante,

Une mèche de tes cheveux.

Dans le sachet de tulle rose

Enfermant le trésor léger

Ce billet de ta fine prose,

Inattendu, m'a fait songer :

« Pour tisser de ces liens frêles

Que mon âme habita longtemps,

Une chaîne au coeur où tu mêles

Un fouillis d'amours inconstants. »

Je me dis « La leçon est forte,

Et j'en aurais quelque rancoeur

Sans le beau don qui réconforte

Et ma conscience et mon coeur. »

Là-dessus, ainsi qu'une chèvre

S'ébrouant dans la fenaison,

Goulûment j'ai plongé ma lèvre

Dans la molle et douce toison.

Mais soudain, nouvelle surprise,

Des mailles du blond écheveau

Un parfum qui trouble et qui grise

M'est monté tout droit au cerveau.

Ces brins fous de ta chevelure,

Comme de flamme pénétrés,

Ont fait courir une brûlure

Intense en mes sens égarés.

Et mon âme, presque inquiète,

En chacun de ces fils ténus

A senti la touche secrète

De sortilèges inconnus.

Pourtant, aux jours de mes détresses,

Maintes fois, fuyant le soleil,

J'avais dans la nuit de tes tresses

Trouvé le calme et le sommeil.

J'avais humé leur senteur douce,

Et jamais leur flot familier

Ne m'avait, en une secousse,

Jeté cet embrun singulier ;

Cet arome riche et bizarre,

Câlin, pénétrant et subtil,

Comme un orchis splendide et rare

Parfois en porte à son pistil,

Ou comme, en des fourneaux étranges

Armés de tubes aux longs cols,

En pourraient avoir des mélanges

D'invraisemblables alcools.

Dis-moi, dans quel philtre sauvage

A plongé ce duvet soyeux ?

Quelle ensorceleuse ou quel mage

L'a muni d'arts prestigieux.

Parle, est-ce bien de ta couronne

Que ces joyaux me sont venus ?

N'aurais-tu pas pillé, friponne,

Le diadème de Vénus ?

Ah ! ne crains plus que je te brave !

Avec cette chaîne à mon cou

Toujours je serai ton esclave,

Tu me traîneras n'importe où…

Je suivrai jusqu'au bout des mondes,

Plein d'une ivresse sans remords,

Le parfum de tes tresses blondes

Et l'éclat fauve de leurs ors.

Mais, chère, si rien ne peut rendre

La paix à mes centres nerveux,

Au moins daigneras-tu m'apprendre

Le mystère de ces cheveux ?…