Pour des oubliés
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Oiseaux amis des fleurs nouvelles,
Du printemps joyeux troubadours,
Vous dont le vol aux mille tours
S'égaie aux folles ritournelles,
Chantez ici, chantez toujours.
Ne fuyez point, l'aile effrayée,
Si vous voyez dans les buissons
Reluire d'étranges tronçons :
Ce n'est qu'une lame broyée
Par les boulets ou les caissons.
Oui, c'est là que tonnait la guerre !
Et peut-être aux éclairs sanglants
Que le bronze couve en ses flancs,
Mêliez-vous, étonnés naguère,
Vos cris, vos jeux et vos élans ?
Suspendez votre nid fragile
Autour de ce tertre où tout dort,
Nulle faux n'en rase le bord,
Nul pied n'attente à cet asile,
Car un ange y veille : la Mort !
Là sont tombés, pour la patrie,
Trois fiers soldats, trois artilleurs.
Nul n'adoucit leurs derniers pleurs :
Tout fumait dans la batterie,
Et tant d'autres tombaient ailleurs !
Les fleurs ont prêté leur parure
A la terre qui les couvrit.
Mais où survit leur nom écrit ?
Du buis, qui plante la verdure ?
Mais à leurs ombres qui sourit ?
Ah ! souvent sans doute, à l'aurore
Ou quand se meurt le jour lointain,
On pourrait, des bords du chemin,
Les entendre se plaindre encore
Que nul ne pleure leur destin.
Mais nos lèvres ont trop de haines…
C'est à vous, chantres innocents,
D'épancher ce funèbre encens.
Pour charmer les cendres humaines,
Il faut de doux et purs accents.
Attendrissez vos ritournelles,
Oiseaux charmants, gais troubadours ;
Ralentissez vos mille tours ;
Flattez, du doux bruit de vos ailes,
Ceux qui dorment là pour toujours.