Pour la Porte des Prêtresses

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Prêtresses ! relevez au-dessus des genoux

Vos robes d’argent clair que le soir rose et doux

Nuance du reflet de sa plus tiède lune ;

Ceignez vos fronts ; lavez vos mains ; prenez vos urnes

Pleines d’abeilles d’or et de papillons noirs ;

Nouez vos tresses en riant dans le miroir,

Et brisez le cristal qui vous a reflétées

Riantes, dans son eau, lointaines et nattées ;

Puis, deux à deux, sortez dans la nuit qui s’étoile…

Et, si le vent tout bas chuchote dans vos voiles,

En silence marchez par la blancheur des rues

En portant, tour à tour, sur vos épaules nues

L’idole aux yeux de jaspe vert qu’une fois l’an

Vous promenez autour de la ville, à pas lents,

Dans le sommeil en fleurs de la campagne calme.

Buvez à la fontaine où vous cueillez la palme ;

Mais quand vous reviendrez dans l’ombre, gardez bien,

Prêtresses qui veillez aux cailloux du chemin,

De heurter, ne vous courbant pas à son approche.

La déesse de pierre au cintre de mon porche.