Pour le chat

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

Chat, monarque furtif, mystérieux et sage,

Sont-ils dignes, nos doigts encombrés d'anneaux lourds,

De votre majesté blanche et noire au visage

De pierrerie et de velours ?

Votre grâce s'enroule ainsi qu'une chenille ;

Vous êtes, au toucher, plus brûlant qu'un oiseau,

Et, seule nudité, votre petit museau

Est une fleur fraîche qui brille.

Vous avez, quoique rubanné comme un sachet,

De la férocité plein vos oreilles noires,

Quand vous daignez crisper vos pattes péremptoires

Sur quelque inattendu hochet.

En votre petitesse apaisée ou qui grande

Râle la royauté des grands tigres sereins ;

Comme un sombre trésor vous cachez dans vos reins

Toute la volupté du monde…

Mais, pour ce soir, nos soins vous importent si peu

Que rien en votre pose immobile n'abdique :

Dans vos larges yeux d'or cligne un regard bouddhique

Et vous vous souvenez que vous êtes un Dieu.