Pour les plus jeunes

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

Petites qui courez avec ces yeux d'enfant

Et cette avidité de devenir des femmes

Et ce désir d'aimer plein vos sens et vos âmes

Vers un bel avenir docile et triomphant,

Qui vous a dit tout bas que pour savoir la vie

Il suffisait qu'un soir l'amour vînt s'imposer

A vous, et que son doux et terrible baiser

Blessât votre pudeur renversée et ravie ?

Si longtemps vous avez pâli pour cet amant

Dont l'étreinte devait vous prendre jusqu'à l'âme,

Vous qui ne saviez pas combien c'est gravement,

Combien c'est lentement qu'on devient une femme

Or, sachez qu'il n'est point de tendre corps brisé

Qui vaille, sans la longue et profonde science,

— Plus nécessaire encor que celle du baiser, —

Du soin, de la douceur et de la patience,

Et qu'il faut que sanglote en vous en s'étouffant

Toute l'illusion de la vierge légère

Pour qu'ayant compris l'âme et la chair étrangères

De l'homme, meure un soir votre regard d'enfant.