Pour minerve en un balet

By Vincent Voiture

Written 1650-01-01 - 1650-01-01

Vovs qui chassiez de vostre Cour

Toutes les mollesses d'Amour,

Et les feux dont il se conserve :

D'où vous sont ces attraits venus ?

Et depuis quand, belle Minerve,

Avez-vous les yeux de Venus ?

Les Graces qui suivent tousjours

La douce Mere des Amours,

Vont à vous comme à la plus belle :

Mesme ce Dieu qui sçait voler,

S'il vous voyoit mise auprés d'elle,

Ne sçauroit à laquelle aller.

Si vous eussiez eu ces appas,

Lors que vous vinstes icy bas,

Vous faire voir aux yeux d'un homme :

Sans quitter le sejour des Cieux,

Vous eussiez remporté la pomme,

Au jugement de tous les Dieux.

Vos charmes ont plus de pouvoir,

Que ceux que nous venons de voir

Dans l'enchantement d'une couppe,

Ils sont bien plus forts et plus doux :

Et je ne sçache en cette trouppe,

D'autre enchanteresse que vous.

Cette Circé, dont les Demons

Applaudissent l'orgueil des monts,

Qui remplit la Terre d'allarmes,

Et renverse l'ordre des Cieux,

A dans ses livres moins de charmes,

Que vous n'en avez dans vos yeux.

Elle peut le monde troubler,

Elle fait les Astres trembler,

Et bride le cours de la Lune :

Mais vous, d'un pouvoir sans pareil,

Dans le milieu de la nuit brune,

Vous nous faites voir un Soleil.

Mille rayons ensorcelez,

Sortent de vos yeux estoillez,

Qui percent sans faire ouverture :

Et redoutée en toutes pars,

Vous faites bransler la Nature,

Par le moyen de vos regars.

Aussi faudra-t'il desormais

Qu'elle vous cede pour jamais.

Car plus docte Magicienne,

Vous meritez le maniment

D'une autre verge que la sienne,

Et qui charme plus puissamment.