Pour rita

By Paul Verlaine

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

J'abomine une femme maigre,

Pourtant je t'adore, ô Rita,

Avec tes lèvres un peu nègre

Où la luxure s'empâta.

Avec tes noirs cheveux, obscènes

À force d'être beaux ainsi

Et tes yeux où ce sont des scènes

Sentant, parole ! le roussi,

Tant leur feu sombre et gai quand même

D'une si lubrique gaîté

Éclaire de grâce suprême

Dans la pire impudicité

Regard flûtant au virtuose

Es-pratiques dont on se tait :

« Quoi que tu te proposes, ose

Tout ce que ton cul te dictait » ;

Et sur ta taille comme d'homme,

Fine et très fine cependant,

Ton buste, perplexe Sodome

Entreprenant puis hésitant,

Car dans l'étoffe trop tendue

De tes corsages corrupteurs

Tes petits seins durs de statue

Mais tes jambes, que féminines

Leur grâce grasse vers le haut

Jusques aux fesses que devine

Mon désir, jamais en défaut,

Dans les plis cochons de ta robe

Qu'un art salop sut disposer

Pour montrer plus qu'il ne dérobe

Un ventre où le mien se poser !

Bref, tout ton être ne respire

Que faims et soifs et passions…

Or je me crois encore pire :

Faudrait que nous comparassions.

Allons, vite au lit, mon infante,

Çà livrons-nous jusqu'au matin

Une bataille triomphante

À qui sera le plus putain.