Pour une absente

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir,

Immobile, oublieux des rafales d'automne

Qui font les frondaisons se rouiller et jaunir

Et de la mer roulant sa plainte monotone ;

Je veux m'enfermer seul avec mon souvenir.

Le demi-jour filtrant des étoffes tendues

Sera doux et propice à mon cœur nonchalant,

Quand je l'évoquerai du fond des étendues,

Et sa voix emplira d'un hymne grave et lent

Le demi-jour filtrant des étoffes tendues.

J'aurai la vision chère devant les yeux :

Le souffle parfumé de l'ineffable Absente

Flottera pour moi seul dans l'air silencieux,

Subtil comme une odeur de fraise dans la sente ;

J'aurai la vision chère devant les yeux.

Et je dirai tout bas ma tendresse latente ;

O cœur lâche, tremblant et révolté, je veux

Que ton intime amour se révèle et la tente :

Tu te résigneras à l'effroi des aveux

Et je dirai tout bas ma tendresse latente.