Première nuit

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Le silence de la foret de chênes-lièges

Monte immensément dans la nuit,

Nourri des millions de furtifs petits bruits

Des existences qu’on ignore et qui y siègent.

La respiration brûlante du gibier

S’y mêle au cours des eaux, au frôlement des plantes,

A des souffles d’humains enfouis sous des tentes

Plus sauvages que des terriers.

Moi, parmi cette nuit des premiers temps du monde,

J’ai couché mon front dans mes bras

Et laissé s’enrouer dans ma gorge profonde

Le sanglot qu’on n’explique pas,

Alors que dans l’obscurité pleine de sources

Et de tant de sommeils vivants qui se sont tus,

Géométrique et solitaire, la Grande Ourse

Régnait à l’horizon sur des chênes crépus.