Près d'avranches

By Victor Hugo

Written 1881-01-01 - 1881-01-01

La nuit morne tombait sur la morne étendue.

Le vent du soir soufflait, et, d’une aile éperdue,

Faisait fuir, à travers les écueils de granit,

Quelques voiles au port, quelques oiseaux au nid.

Triste jusqu’à la mort, je contemplais le monde.

Oh ! Que la mer est vaste et que l’âme est profonde !

Saint-Michel surgissait, seul sur les flots amers,

Chéops de l’occident, pyramide des mers.

Je songeais à Égypte aux plis infranchissables,

À la grande isolée éternelle des sables,

Noire tente des rois, ce tas d’ombres qui dort

Dans le camp immobile et sombre de la mort.

Hélas ! Dans ces déserts, qu’emplit d’un souffle immense

Dieu, seul dans sa colère et seul dans sa clémence,

Ce que l’homme a dressé debout sur l’horizon,

Là-bas, c’est le sépulcre, ici, c’est la prison.