Prière a la nuit
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
Du jour sœur paisible et voilée.
Qui, sur la terre consolée
Versant le baume du repos,
Couronnes ta tète étoilée
D'un diadème de pavots,
O Nuit ! pardonne si ma lyre,
Frémissant au gré du zéphyre
Parmi les saules de ces bords,
Ose un instant par ses accords
Troubler la paix de ton empire.
J'ai vu le disque étincelant
S'éteindre aux humides demeures,
Et le groupe léger des Heures
Suivre ton char en se voilant.
Tout dort ; et moi, seul, en silence,
Aux lueurs d'un pâle flambeau,
Devant ton trône je balance
Des suppliants l'humble rameau.
Je n'invoque point ton mystère
Pour aller ravir à sa mère
Une vierge au cœur ingénu,
Qui, solitaire et sans défense,
Achève, le sein demi-nu,
Son dernier songe d'innocence.
Je ne vais point d'un seuil jaloux
Tenter la roule détournée,
Et par un furtif hyménée
Venger, en dépit des verrous,
La jeune épouse condamnée
Au froid baiser d'un vieil époux.
Mes vœux sont purs. O Nuit sacrée !
Fais qu'un songe à l'aile dorée,
Avant le retour du soleil,
Vienne de l'image adorée
Enchanter mon heureux sommeil.
Pour toi, déité que j'implore,
Je veux sur le bord des ruisseaux
Unir le pâle sycomore
A l'if, ornement des tombeaux ;
Jusques à l'aurore prochaine,
De l'amour charmant les douleurs,
Je veux à ton autel d'ébène
Consacrer un hymne et des fleurs.