Prière profane

By Armand Renaud

Written 1864-01-01 - 1864-01-01

Vos yeux, Madame, sont un pôle

Où les miens se tournent toujours ;

C'est un velours que votre épaule

Et c'est un chant que vos discours.

il sort un éclair magnétique

De l'océan de vos cheveux,

Et la passion despotique

Prend pour armes vos bras nerveux.

Mais vous avez l'indifférence

Plus encore que la beauté ;

Vous jouez avec la souffrance

Du cœur à vos pieds apporté.

Que de vous une âme soit pleine

Vous vous mettez à la railler.

Vous m'embrasez de votre haleine,

Et vous me dites d'oublier !

Comme si, voyant fuir le rêve

Qu'il n'avait cessé d'appeler,

Le cœur, resté seul sur la grève,

Pouvait encor se consoler ;

Que, loin de la fleur qui l'enivre,

L'abeille composât du miel,

Et que sur terre l'on pût vivre

Quand on vient d'entrevoir le ciel.

Croyez-moi, reine de mes stances,

Ce n'est pas tout de fasciner.

Laissez en bas les résistances,

Soyez grande. Sachez donner.