Printemps

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Je voudrais évoquer à cause du printemps

Quelque rêve fleurant la joie et la tendresse

Où flâneraient des pas d'amant et de maîtresse

Ivres de leur amour et de leurs beaux vingt ans.

Car voici sur le bleu des ciels les aubépines,

Roses bouquets perdant au vent par millions

Leurs pétales mêlés au vol des papillons

Légers plus follement qu'un pas de ballerines.

Car voici susurrer les sursauts clapotants

Des ruisseaux clairs en qui ne dort aucune lie,

Et se mirer déjà quelque longue ancolie

Comme une étoile au fond du glauque des étangs.

Car voici les pigeons aux saluts réciproques,

Le cou gonflé d'amour et de roucoulement,

Et, comme un éventail étalé largement,

Ouvrir leur roue énorme et riche, les paons rauques.

Car les échos moqueurs aux gorges des coucous

Et les rires aigus d'hirondelles alertes

Et les cris des gibiers au sein des ombres vertes,

Tous les refrains qui sont au fond de tous les cous,

Tout ceci, tout cela, l'eau qui court, ce qui passe,

Le vent et la nuée en haut et le sous-bois

Et les champs et la route et les fleurs et les voix,

Toute cette harmonie et toute cette grâce,

C'est l'accompagnement haut et bas tour à tour

Qui soutient le duo de l'homme et de la femme,

C'est tout le renouveau chantant l'épithalame

Pour l'auguste union d'un couple dans l'amour !