Printemps

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Une vaste rumeur d'attente et de désir

Émeut les bois, crispés sous la caresse acide

D'un vent trop frais, d'un vent aigu qui fait frémir,

Dans les vergers, les frissonnantes fleurs candides ;

Et je vais en tenant mes rêves par la main.

Le ciel est agrandi de leur aile éployée .

Qui jette par instants de l'ombre en mon chemin.

…Oui, je vais au hasard sur ta trace mouillée,

Printemps au visage incertain, aux jeunes yeux

Tournés vers l'inconnu d'une saison nouvelle,

Car je veux lire encor dans tes vertes prunelles

Ton mensonge périssable mais radieux !

Je t'aperçois… je te poursuis… mais tu t'élances,

Et tourbillonnant, fou, jeune et divin, tu danses !

Sous le grand soleil blond comme un rayon de miel,

Tu danses ! Sous la soie opaline du ciel,

Dans le ruissellement aérien des écharpes,

Je vois jouer sur toi le prisme aux sept couleurs…

… Et je songe à l'amour dont toute la douceur

N'est peut-être qu'un chant merveilleux de ta harpe,

O Printemps !… Toi, tu ris en dansant, les yeux clos…

Tu foules de tes pas l'herbe odorante et molle,

Sous les branches retombantes des grands bouleaux ;

Tu fais naître en dansant ce chant qui nous affole,

Tu l'inscris sur la terre en bouquets dénoués,.

Et, par tes traits d'anémone et de violette,

La forme et le parfum d'une fugue muette

Suit ta danse éperdue, en motifs alternés !

Tout autour de ta grâce ondoient les frais pétales !

Tu leur dictes la joie et la vie, et l'instinct,

La danse aveugle du désir et du destin…

La forêt tout entière en un soupir exhale

La réponse à ton chant, et semble s'abreuver

Au geste fécondant de tes deux bras levés

Son ciel a reflété ta clarté juvénile,

Ses arbres garderont la tendre flexion

Et le rythme émouvant de ton beau corps gracile

Tu la feras renaître après chaque abandon

Plus docile à ta voix sous le joug des années

Mais un joug bien plus lourd vient entraver l'élan

Dont j'accueillais ton premier souffle étincelant

Tu ne peux refleurir toutes les destinées…

Toi que j'ai tant aimé, toi qui me répondais,

Tu ne m'apparais plus, Printemps, quand je t'implore

Et le ramier donne une voix à mes regrets

En roucoulant : « Erôs, Erôs »… il pleure encore…