Progrès

By Victor Hugo

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

En avant, grande marche humaine !

Peuple, change de région.

Ô larve, deviens phénomène ;

Ô troupeau, deviens légion.

Cours, aigle, où tu vois l'aube éclore.

L'acceptation de l'aurore

N'est interdite qu'aux hiboux.

Dans le soleil Dieu se devine ;

Le rayon a l'âme divine

Et l'âme humaine à ses deux bouts.

Il vient de l'une et vole à l'autre ;

Il est pensée, étant clarté ;

En haut archange, en bas apôtre,

En haut flamme, en bas liberté.

Il crée Horace ainsi que Dante,

Dore la rose au vent pendante,

Et le chaos où nous voguons ;

De la même émeraude il touche

L'humble plume de l'oiseau-mouche

Et l'âpre écaille des dragons.

Prenez les routes lumineuses,

Prenez les chemins étoilés.

Esprits semeurs, âmes glaneuses,

Allez, allez, allez, allez !

Esclaves d'hier, tristes hommes,

Hors des bagnes, hors des sodomes,

Marchez, soyez vaillants, montez ;

Ayez pour triomphe la gloire

Où vous entrez, ô foule noire,

Et l'opprobre dont vous sortez !

Homme, franchis les mers. Secoue

Dans l'écume tout le passé ;

Allume en étoupe à ta proue

Le chanvre du gibet brisé.

Gravis les montagnes. Écrase

Tous les vieux monstres dans la vase ;

Ressemble aux anciens Apollons ;

Quand l'épée est juste, elle est pure ;

Va donc ! car l'homme a pour parure

Le sang de l'hydre à ses talons.