Promenade en ville

By Albert Glatigny

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

« Accourez tous ! … battez la caisse ! … le spectacle,

Si la mauvaise humeur du temps n'y met obstacle,

Sera fort curieux. Depuis Rome, cela

Ne s'était jamais vu ! … c'est un royal gala !

César de Prusse, ainsi que les césars antiques,

Traînant après son char, avec leurs sciatiques,

Leur honte sur le front, et leurs maux inconnus

Comme la profondeur de ton cœur, ô Vénus !

Les souverains captifs qui chantent ses louanges !

Ah ! C'est un beau spectacle, à ravir les Domanges

Passés, présents, futurs, et qu'on voit rarement ! …

C'est à faire tomber du sombre firmament

Les astres effarés, qu'une chose pareille !

Ce clown à qui l'on va, ce soir, tirer l'oreille,

C'était un empereur ! On disait : majesté,

Et sire, et votre altesse, à ce pitre effronté.

Il s'attend aux sifflets, mais qu'importe ! Il s'en fiche !

Il a vu sans rougir écrire sur l'affiche :

« Bonaparte, écuyer du cirque Beauharnais. "

Il est prêt à rentrer dans l'aigle boulonnais,

Mimodrame du grand Persigny, mis en scène

Par l'auteur, remonté récemment par Arsène

Goubert, de l'alcazar, avec danses ! Sénat !

Feux célestes ! Combat à l'hache ! Assassinat !

L'aigle a, pour l'attacher, un cordon de saucisses.

On continuera par les brillants exercices

Du jeune enfant Louis, âgé de quatorze ans ;

Un prodige, messieurs, des plus intéressants,

Qui fait le saut de carpe, et jongle avec des balles !

Le cousin d'Auteuil ou les corses cannibales,

Farce avec revolvers et haute cour ! Enfin,

Ascension sur un câble de fer très-fin,

Par la vieille et célèbre acrobate Eugénie !

À trente pieds de haut ! Costumée en génie

De Mentana ! … l'orchestre est mieux qu'à l'opéra.

Apothéose rouge, et l'on défilera

Respectueusement après, la troupe entière,

Devant Guillaume qui tiendra la chambrière ! »