Promenades

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

Belle Seine luisante et courbe qui me suis

Entre tes berges d'herbe et de trèfle sauvage,

Chaque jour, seule avec mon âme et mon visage,

Je promène le long de toi ce que je suis.

Voici donc ma jeunesse, ivre en sa plénitude,

Joignant sans le savoir à tes reflets plongeants

Sa curiosité des choses et des gens

Et son esprit nourri de pensée et d'étude.

Voici mon cœur, mêlant ce qu'il aime le mieux,

Sans y songer, à l'ombre obscure des érables ;

Voici, débordant tout, mes sens impérieux

Courant, comme à la mer tes eaux indétournables…

— Ainsi ma vie emporte avec un pas égal

Sa sensualité, ses songes, sa tendresse,

Et, pour son avenir abandonnant sans cesse

Son passé, comme toi va d'amont en aval ;

Ainsi, plus sinueuse et multiple et profonde

Que toi, s'unit à toi celle de tous les jours

Qui fréquente à grands pas tes lents tours et détours

Et mire en toi ses yeux qui contiennent un monde.