Ψυχη

By Jean Aicard

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Pour le Papillon et l’Âme

La Grèce avait un seul nom ;

Ô poëtes ! je proclame

Que la Grèce avait raison.

L’Âme et l’insecte ont des ailes

Pour fuir la terre et le mal ;

Ces deux Psychés ont en elles

Un introuvable idéal.

Leur inconstance suprême,

Leur course de fleur en fleur,

C’est la constance elle-même

Courant après le bonheur.

Toutes deux n’ont qu’une essence…

Dieu, l’ayant fait de sa main,

Souffla l’âme et l’existence

Au père du genre humain.

Un peu de l’haleine douce,

De l’haleine du Seigneur,

Toucha, dans l’herbe et la mousse,

La corolle d’une fleur.

Or, tout à coup, la corolle

S’est émue, et, vers les cieux,

Palpitante, elle s’envole,

Blanc papillon radieux ;

Car l’Éden parmi les branches

Des profonds pommiers tremblants,

N’ayant que des âmes blanches,

N’eut que des papillons blancs.

Mais, depuis le péché d’Ève,

Dans les clartés de l’éther

Nul papillon ne s’élève

Qu’il n’ait rampé comme un ver.

Ô mystère ! Ève et sa pomme

Rejettent loin du ciel bleu,

Dans la chrysalide et l’homme,

psuchë, le souffle de Dieu