Puberté

By Louis Bouilhet

Written 1859-01-01 - 1859-01-01

O vierge ! ta beauté semble un champ de blé mûr

Dont le vent fait rouler les vagues inquiètes !

Parmi les brins serrés, passant leurs folles tètes,

Brillent le pavot rouge et le bluet d'azur ;

Au zénith éclatant pas un nuage obscur ;

L'aube seule aux épis suspend ses gouttelettes ;

Mille désirs charmants, comme des alouettes,

Volent par les sillons et poussent leur cri pur !

Vierge ! voici le temps qu'on va lier les gerbes ;

Bientôt retentiront les chansons dans les herbes,

Et les rondes, le soir, sous les cieux étoilés,

Car, sur ses larges reins attachant sa ceinture,

Demain, le moissonneur à la brune figure

Va promener sa faux par l'épaisseur des blés !