Quand vient la nuit

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Quand vient la nuit je m'en vais lentement

Sur le chemin de mon calvaire,

Et c'est les soirs glacés que je préfère

Aux crépuscules du printemps,

Car dans l'obscurité je vois renaître

Le cher soleil de ta fenêtre,

Et mon cœur transi, malade et si lourd,

En passant auprès du vitrage,

Reconnaît parfois l'ombre de l'amour…

L'ai-je fait ce pèlerinage !

La montée entre deux rangs de maisons,

Un jardin aux sombres pelouses,

Ta rue, avec un arbre à l'horizon

Qui tend une branche jalouse

Pour écarter les passants importuns…

Ah ! je connais chaque boutique,

Les becs de gaz, les pavés, un à un…

Le décor n'a rien de lyrique,

Mais si tu savais comme il me fait mal…

Et pourtant, à ce coin fatal,

Tous les soirs, depuis très longtemps, je rôde !

A tes carreaux j'irai demain

Pour y quêter, pauvre bête en maraude,

Le clair reflet de tes deux mains..