Quatorzain pour toutes

By Paul Verlaine

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

O femmes, je vous aime toutes, là, c’est dit !

N’allez pas me taxer d’audace ou d’imposture.

Raffolant de la blonde douce et de la dure

Brune et de la virginité bête un petit

Mais si gente et si prompte à se déniaiser,

Comme de l’alme maturité (que vicieuse !

Mais susceptible d’un grand cœur et si joyeuse

D’un sourire et savourant, lente, un long baiser).

Toutes, oui, je vous aime, oui, femmes, je vous aime

– Excepté si par trop laides ou vieilles, dam !

Alors je vous vénère ou vous plains. Je vais même

Jusqu’à me voir féru, parfois à mon grand dam,

D’une inconnue un peu vulgaire, rencontrée

Au coin… non pas d’un bois sacré ! qui m’est sucrée.