Quia pulvis
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Surtout point d'inhumation !
Si je meurs, quelque jour, j'exige
Une ardente crémation
Sans résidus et sans vestige.
Plutôt qu'un squelette frileux
Qui cliquette au vent et qui claque,
Je veux être quelques grains bleus,
Dans l'or d'une boîte de laque.
La fine cendre que sera
Faite mon âme purpurine,
Voluptueuse glissera
Sur des plages d'aventurine,
Afin que, projets à projets,
Poudre à poudre, et gouttes à gouttes,
Se mêle à l'âme des objets
Mon âme qui l'aime entre toutes.
Or, un après-midi d'avril
Où l'atmosphère est molle et moite,
Où la feuille est couleur béryl,
Vous prendrez avec vous la boîte
En laquelle ce que je fus
De réalités et de rêves,
Se mêle aux horizons confus
De quelques fantaisistes grèves.
Puis il faudra que vous suiviez
Le sentier blanc où nulle brise
Ne taquine des oliviers
La verdure hachée et grise.
Vous monterez sous le soleil
Jusqu'au sommet de la montagne,
Qui, chaque jour, jamais pareil,
Se montre aux yeux de la campagne.
Là, vous ouvrirez le coffret
Où, de ma chair et de mon âme,
Ce qui demeure est encor prêt
A se pâmer sur un dictame.
Et vous lancerez dans l'air bleu
Tout ce qui reste de ma cendre
Que vous laisserez peu à peu
Sur les fleurettes redescendre.
Et le passant qui, ce jour-là,
Viendra cueillir, pour son amie,
Le bouquet sur lequel vola
Mon inquiétude endormie,
Se dira que les chemins blonds
Ont laissé, dans l'heure dernière,
S'élever du creux des vallons
Un peu plus de triste poussière !