Quinze Août

By Alexandre Ducros

Written 1867-01-01 - 1885-01-01

Paris est-il désert ? La ville est-elle morte ?

Amis, quel silence partout !

Naguère, une clameur s'élevant grande et forte,

A pareil jour criait ; — « Quinze Août ! «

Partout flottaient au vent banderolle, oriflamme ;

Cloches, canons ; bronzes émus,

De la grande esplanade aux tours de Notre-Dame,

Hurlaient : Te Deum Laudamus !

De tout côté montaient les chants et les prières,

De par l'avis officiel.

Le soir, les monuments s'habillaient de lumières ;

Ruggieri faisait honte au ciel,

On fêtait l'Empereur. — Aujourd'hui quel contraste !

La ville est calme, pas un cri.

Aux jours d'enivrement succède un jour néfaste ;

Le ciel fait honte à Ruggieri !

Rentrez à l'arsenal vos chandelles romaines,

Et vos bombes et vos pétards,

Les millions de feux des étoiles sereines,

Plaisent bien mieux à nos regards.

Les canons se sont tus, les cloches sont muettes ;

Pas de chamades, de rappel,

Pas d'habits chamarrés, de pompons et d'aigrettes,

Sous les balcons, au Carrousel.

On a clos les volets, chose prudente et sage,

Et, sur la porte du château,

Gavroche peut, chantant : — « L'Empire déménage. »

Aller poser un écriteau !