Refus

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

De l'ombre ; des coussins ; la vitre où se dégrade

Le jardin ; un repos incapable d'efforts.

Ainsi semble dormir la femme, « enfant malade »,

Qui souffre aux profondeurs fécondes de son corps.

Ainsi je songe… Un jour, un homme pourrait naître

De ce corps mensuel, et vivre par delà

Ma vie, et longuement recommencer mon être

Que je sens tant de fois séculaire déjà ;

Je songe qu'il aurait mon visage, sans doute,

Mes yeux épouvantés, noirs et silencieux,

Et que peut-être, errant et seul avec ces yeux,

Nul ne prendrait sa main pour marcher sur la route

Ayant trop écouté le hurlement humain,

J'approuve dans mon cœur l'œuvre libératrice

De ne pas m'ajouter moi-même un lendemain

Pour l'orgueil et l'horreur d'être une génitrice,

Je songe qu'on n'a pas inévitablement

Le courage qu'il faut pour accepter de vivre…

— Et, parmi mes coussins pleins d'ombre, je m'enivre

De ma stérilité qui saigne lentement.