Rencontre

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

L'aventure à travers les pays parcourus,

Les plaines sans verdure où, nue et torse, brille

La Medjerda, comme une anguille,

Dans la douleur du soleil cru ;

Les jardins des villes arabes

Et d'autres ; les cités en ruine ou debout,

Carthage trois fois morte où l’orge garde un goût

Des cendres immémoriales ;

La forêt des pays Kroumirs

Où nous galopions, une rose à l’oreille.

Sur nos belles mules pareilles.

Nous délivrant de tout, même du souvenir ;

L’aurore couleur d’abricot,

Le midi, le couchant, la lune ronde et haute

Sur ces forêts où, côte à côte.

Nous vivions glorieux, seuls avec notre écho ;

Les soirs d’immense rêverie

Sur le plus haut des monts du pays vert et roux.

Lorsque, du fond de l’Algérie,

Les sommets successifs déferlaient contre nous ;

Tout cela qui’berçait notre vie ineffable.

Pour un moment, en moi, fut comme n’étant plus.

Le jour que, sans savoir, nous sommes descendus

A Tabarka, ville marine dans le sable,

Parce que la mer s’y répand

Verte, lumineuse et foncée,

Et qu’au cœur du large bleu-paon.

Toute mon âme s’est en silence élancée

Vers plus loin, vers plus beau, vers plus pur, vers plus grand

Où nous n’atteindrons pas, même par la pensée…