Renoncement

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé,

Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes ;

Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes,

Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.

C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être :

Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs.

Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être.

Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs.

Les fleurs sont pour l’enfant, le sel est pour la femme ;

Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours.

Seigneur, quand tout ce sel aura lavé mon âme,

Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours !

Tous mes étonnements sont finis sur la terre.

Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir ;

Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère

Que la pudique mort a seule osé cueillir.

Ô Sauveur ! Soyez tendre au moins à d’autres mères,

Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous !

Baptisez leurs enfants de nos larmes amères,

Et relevez les miens tombés à vos genoux.