Requête

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Aux maîtres des cérémonies

Plaise ordonner que, dès demain,

Entrent sans laisse aux tuileries

Les chiens du faubourg saint-Germain.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Des chiens dont le pavé se couvre

Distinguez-nous à nos colliers.

On sent que les honneurs du louvre

Iraient mal à ces roturiers.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Quoique toujours sous son empire

L'usurpateur nous ait chassés,

Nous avons laissé sans mot dire

Aboyer tous les gens pressés.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Quand sur son règne on prend des notes,

Grâce pour quelques chiens félons !

Tel qui long-temps lécha ses bottes

Lui mord aujourd'hui les talons.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

En attrapant mieux que des puces,

On a vu carlins et bassets

Caresser allemands et russes

Couverts encor du sang français.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Qu'importe que, sûr d'un gros lucre,

L'anglais dise avoir triomphé ?

On nous rend le morceau de sucre ;

Les chats reprennent leur café.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Quand nos dames reprennent vite

Les barbes et le caraco,

Quand on refait de l'eau bénite,

Remettez-nous in statu quo.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.

Nous promettons, pour cette grace,

Tous, hors quelques barbets honteux,

De sauter pour les gens en place,

De courir sur les malheureux.

Puisque le tyran est à bas,

Laissez-nous prendre nos ébats.