Retour dans une église

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

Église ! église où de mon âme,

Moitié de pleurs, moitié de flamme,

Et prompt comme l’eau de la mer,

Coula le flot le plus amer ;

Église où ma jeunesse blonde,

Craintive ensemble et vagabonde.

Attirée aux chants du saint lieu.

N’accourait pas toute vers Dieu !

Église, où chaque dalle usée,

D’un tendre poids scandalisée,

Dénonça deux ans, jour par jour,

Des pas que rejoignait l’amour !

Église où mon heure allait vite

Pour rencontrer à l’eau bénite

Une autre âme que j’y voyais.

Une main qu’ailleurs je fuyais !

Église vainement austère

Où le doux encens de la terre,

Ruisselant sur mes longs cheveux

Égarait le cours de mes vœux ;

Église où mon humble famille,

Moins morte aux soupirs de sa fille,

Planait sur mon sort combattu

Et criait dans l’air : « Que veux-tu ? »

Le savais-je, ô Dieu de mon père !

Où va-t-on vers ce qu’on espère ?

Où fuit-on l’ombre de ses pas ?

Dieu ! savais-je où l’on n’aime pas !

Dieu des larmes, le sais-je encore ?

Je n’ai su qu’un mal qui dévore,

Un mal dont on n’ose souffrir,

Ni vivre, ô mon Dieu, ni mourir.

Église, église, ouvrez vos portes,

Et vos chaînes douces et fortes

Aux élancements de mon cœur

Qui frappe à la grille du chœur.

Ouvrez ! Je ne suis plus suivie

Que par moi-même et par la vie

Qui fait chanceler sous son poids

Mon âme et mon corps à la fois.

Ouvrez ! je suis triste et blessée,

Seule sous mon aile abaissée ;

Il n’est plus de pas sur mes pas,

Ni d’âme qui me parle bas.

Ouvrez ! à mon sort sans patrie.

Flottant comme une algue flétrie ;

Des deux voix tendres d’autrefois,

Vous n’entendrez plus qu’une voix !