Retraite

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

On s'isole à Paris, quelle que soit l'horreur

Apparente de vivre en ce cirque d'erreur,

De luxe dur et des trop plausibles rancunes

Du pauvre y voyant rouge, — ainsi vont nos fortunes

Sociales depuis ce cher Quatre-vingt-neuf —,

Oui, dit-on, l'on s'isole en ce vieux Paris neuf.

Moi, vieux Parisien, ne le puis : l'habitude !

Mais j'ai tenté, pour fuir l'âpre disquiétude

De tous ces bruits méchants et de ce plat soleil,

D'habiter dans un cœur qui soit au mien pareil.

Pauvres cœurs tout meurtris, vieux de deuils et hors d'âge,

Étant restés bien trop enfants pour tant d'usage,

Ah ! consolez vos pleurs, priez pieusement

Pour au moins un futur tant soit peu plus clément

Et dormez, las de vains projets et d'aventures,

Loin du bruit amorti des sots et des voitures !