Rêve

By Théophile Gautier

Written 1833-01-01 - 1833-01-01

Voici ce que j'ai vu naguère en mon sommeil :

Le couchant enflammait à l'horizon vermeil

Les carreaux de la ville ; et moi, sous les arcades

D'un bois profond, au bruit du vent et des cascades,

Aux chansons des oiseaux, j'allais, foulant des fleurs

Qu'un arc-en-ciel teignait de changeantes couleurs.

Soudain des pas légers froissent l'herbe ; une femme,

Que j'aime dès longtemps du profond de mon âme,

Comme une jeune fée accourt vers moi ; ses yeux

A travers ses longs cils luisent de plus de feux

Que les astres du ciel ; et sur la verte mousse

A mes lèvres d'amant livrant une main douce,

Elle rit, et bientôt enlacée à mes bras

Me dit, le front brûlant et rouge d'embarras,

Ce mot mystérieux qui jamais ne s'achève : —

O nuit trompeuse ! — Hélas ! pourquoi n'est-ce qu'un rêve ?