Révélation

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Croyais-tu que, vivre, c’était

Se mourir de' coussins et d’ombre

Dans la demeure où tout se tait,

Violente, amoureuse ou sombré ?

Croyais-tu que c’était plutôt

La longue sirène des robes ?

La musique où parle enfin haut

Ton cœur qui toujours se dérobe ?

Croyais-tu que, la joue au poing.

C’étaient tendre l’oreille aux villes

Pour surprendre les plus subtiles

Des plaintes qu’on n’écoute point ?

Ou bien, hors l’art et la musique,

Le rêve et la réflexion.

Ouvrir des bras de passion

Vers l’horreur des métaphysiques ?

Vivre, ah vivre ! c’est, au galop,

Mâter une bête rétive,

C’est sentir au soleil trop chaud

Suer et brûler sa chair vive.

Dans l’encombrement des chameaux.

C’est s’ouvrir une place dure.

C’est une gutturale injure

Qui guérit du poison des mots.

C’est le tour et détour des lieues.

C’est, au coin d’un village clair.

L’apparition de la mer.

C’est du sable et des forêts bleues,

C’est, au repli des manteaux blancs.

Cueillir des yeux de flamme noire.

C’est secouer de sa mémoire

Tout le musc du passé troublant.

Et puis c’est, au vent de la course,

Rire à ton compagnon de jeux.

Et, dans un regard de ses yeux,

Boire son cœur comme une source…