Révolte

By Jean Richepin

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

J'étais las, je m'éloignais,

Quand tu m'as pris les poignets.

Je l'implore ;

Mais, serrant tes doigts nerveux,

Tu me dis : « Non, je le veux,

Reste encore. »

Puis, comme j'osais nier

Que je fusse prisonnier

Et ta proie,

Tu m'as mis deux bracelets

Faits de tes cheveux follets,

Or et soie.

El, vaincu, je suis resté,

Abdiquant ma liberté

Reconquise ;

Et, lâche, j'ai derechef

Ployé mon cœur et mon chef

A ta guise.

Toi, tu t'amuses beaucoup

De ta force encore un coup

Saine et sauve,

Et tu dis que mon orgueil

Se dompte au doigt et à l'œil

Comme un fauve.

Mais approche, et tu verras

Que les muscles de mes bras.

En pelotes.

Gonflés, plus durs que du fer,

Sont prêts à jeter en l'air

Les menottes.

Songe à ma force. Tu sais

Avec quels poids insensés

Ma main jongle.

Songe, et tremble, tu le dois ;

Car le sang perle à mes doigts

Sous chaque ongle.

Lis dans mes yeux : on y lit

Que la colère m'emplit

Fibre à fibre,

Qu'à la fin je suis à bout,

Et qu'en moi le désir bout

D'être libre.

Donc, folle, ne ris pas tant !

Il est tout proche, l'instant,

Le suprême,

Où je broierai sans rien voir

Mon amour et ton pouvoir

Et toi-même.