Revoyons le Code
Written 1867-01-01 - 1885-01-01
Ils étaient trois dans le ménage ;
Le père, la mère et l'enfant.
L'enfant ! doux être, que son âge,
Rempart d'innocence défend !
Un soir, pour suivre une maîtresse,
Le père laisse au logement
La mère seule, qui s'empresse,
A son tour de prendre un amant.
Mais, dans son horreur instinctive,
Des hideurs qu'il a devant lui,
L'enfant, colombe fugitive,
L'enfant vagabonde aujourd'hui !
Fouillant les égouts dans les rues,
Les chiens le prenant en pitié,
De sales immondices crues,
A sa faim laissent la moitié !
Il erre, au hasard, les yeux mornes,
A travers la foule, en haillons,
Sur lui, quand il dort sur les bornes,
L'étoile pleure ses rayons !
Un jour, un homme en uniforme,
Un bon sergot, voyant errer
Ainsi le pauvre enfant, s'informe
Du chagrin qui le fait pleurer.
Celui-ci lui conte sa peine :
— « Devant ce riche magasin
Je mendiais !… » Et l'homme mène
Cet enfant au poste voisin.
Puis, la voiture cellulaire,
Du noir Dépôt franchit l'arceau…
Bonsoir ! va te faire lanlaire !
Pauvre fleur jetée au ruisseau !
Vite, le Tribunal s'assemble.
Comme il est sans pain, sans maison,
Des hommes, gravement, ensemble
Disent : — « Cet enfant, en prison ! »
On le souille, on le déshonore,
Par un arrêt immérité,
Et l'on souffle sur cette aurore,
Pour en faire une obscurité !
Car dans le gouffre, ange novice,
C'est la loi, tu séjourneras !
Martyr qui voulais fuir le vice,
Au vice tu retourneras !
Oh ! non ! revoyons notre Code,
Aux paragraphes impuissants ;
Il est passé le temps d'Hérode,
Du massacre des innocents !