Rhénane d'automne

By Guillaume Apollinaire

Written 1913-01-01 - 1913-01-01

Les enfants des morts vont jouerLes enfants des morts vont jouer

Dans le cimetièreDans le cimetière

Martin Gertrude Hans et HenriMartin Gertrude Hans et Henri

Nul coq n'a chanté aujourd'huiNul coq n'a chanté aujourd'hui

KikirikiKikiriki

Les vieilles femmesLes vieilles femmes

Tout en pleurant cheminentTout en pleurant cheminent

Et les bons ânesEt les bons ânes

Braillent hi han et se mettent à brouter les fleursBraillent hi han et se mettent à brouter les fleurs

Des couronnes mortuairesDes couronnes mortuaires

C'est le jour des morts et de toutes leurs âmesC'est le jour des morts et de toutes leurs âmes

Les enfants et les vieilles femmesLes enfants et les vieilles femmes

Allument des bougies et des ciergesAllument des bougies et des cierges

Sur chaque tombe catholiqueSur chaque tombe catholique

Les voiles des vieillesLes voiles des vieilles

Les nuages du cielLes nuages du ciel

Sont comme des barbes de biquesSont comme des barbes de biques

L'ait tremble de flammes et de prièresL'ait tremble de flammes et de prières

Le cimetière est un beau jardinLe cimetière est un beau jardin

Plein de saules gris et de romarinsPlein de saules gris et de romarins

Il vous vient souvent des amis qu'on enterreIl vous vient souvent des amis qu'on enterre

ah! que vous êtes bien dans le beau cimetièreah! que vous êtes bien dans le beau cimetière

Vous mendiants morts saouls de bièreVous mendiants morts saouls de bière

Vous les aveugles comme le destinVous les aveugles comme le destin

Et vous petits enfants morts en prièreEt vous petits enfants morts en prière

Ah! que vous êtes bien dans le beau cimetièreAh! que vous êtes bien dans le beau cimetière

Vous bourgmestres vous bateliersVous bourgmestres vous bateliers

Et vous conseillers de régenceEt vous conseillers de régence

Vous aussi tziganes sans papiersVous aussi tziganes sans papiers

La vie vous pourrit dans la panseLa vie vous pourrit dans la panse

La croix vous pousse entre les piedsLa croix vous pousse entre les pieds

Le vent du Rhin ulule avec tous les hibouxLe vent du Rhin ulule avec tous les hiboux

Il éteint les cierges que toujours les enfants rallumentIl éteint les cierges que toujours les enfants rallument

Et les feuilles mortesEt les feuilles mortes

Viennent couvrir les mortsViennent couvrir les morts

Des enfants morts parlent parfois avec leur mèreDes enfants morts parlent parfois avec leur mère

Et des mortes parfois voudraient bien revenirEt des mortes parfois voudraient bien revenir

Oh! je ne veux pas que tu sortesOh! je ne veux pas que tu sortes

L'automne est plein de mains coupéesL'automne est plein de mains coupées

Non non ce sont des feuilles mortesNon non ce sont des feuilles mortes

Ce sont les mains des chères mortesCe sont les mains des chères mortes

Ce sont tes mains coupéesCe sont tes mains coupées

Nous avons tant pleuré aujourd'huiNous avons tant pleuré aujourd'hui

Avec ces morts leurs enfants et les vieilles femmesAvec ces morts leurs enfants et les vieilles femmes

Sous le ciel sans soleilSous le ciel sans soleil

Au cimetière plein de flammesAu cimetière plein de flammes

Puis dans le vent nous nous en retournâmesPuis dans le vent nous nous en retournâmes

A nos pieds roulaient des châtaignesA nos pieds roulaient des châtaignes

Dont les bogues étaientDont les bogues étaient

Comme le cœur blessé de la madoneComme le cœur blessé de la madone

Dont on doute si elle eut la peauDont on doute si elle eut la peau

Couleur des châtaignes d'automneCouleur des châtaignes d'automne