Rimes septembrales
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
Belle, voici venir les heures lentes, lentes…
Pose ton front rêveur au glauque des carreaux
Et dilate bien tes prunelles vigilantes.
Que tes yeux voient roussir dans les sentiers ruraux
La branche folle qui, triste que l'été meure,
Balance au vent un vol posé de passeraux.
Voici le temps où l'arbre avec ses feuilles pleure
Des pleurs larges tombés par les pâles midis
Et par les minuits clairs qu'un rai de lune effleure ;
Pleurs larges, neige jaune aux ornières, tandis
Qu'y mettront tes pas lents un frôlement de soie
Dont fuira l'essaim noir des corbeaux alourdis ;
Pleurs larges reparus dans l'or des feux de joie
Que brûlent à la fois trois bûches de Noël
Quand la famille au soir près de l'âtre s'éploie ;
Pleurs larges effarés quand la rage du ciel
Hurlant aux volets clos et dans la cheminée
Interrompt l'aïeul dans son conte habituel…
Que tes yeux voient déjà la campagne fanée,
L'aube retardataire et les soirs attristants
Vite venus, disant qu'agonise l'année ;
Puis prépare-toi pour les songes mal contents
Que t'apporte le froid comme aux vieilles branlantes
Malgré ta joue où luit le rouge des vingt ans,
Car voici s'avancer les heures lentes, lentes…