Romance

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

— Je t’aime ; et l’on a ri d’entendre nos sanglots :

Mais ainsi qu’un lotus descend sur l’eau qui coule,

Je suivrai mon destin, le cœur et les yeux clos.

Si tu m’aimes un peu, que m’importe la foule ?

— Je t’aime ; et j’ai perdu ton sourire et ta voix :

Mais comme des parfums vers un dieu qu’on encense,

J’élève mes regards aux astres que tu vois.

Si tu m’aimes toujours, que m’importe l’absence ?

— Je t’aime ; et mon amour a su beaucoup souffrir :

Puis, un autre viendra, vous me serez ravie,

Mais j’en souffrirai tant que j’espère en mourir.

Si vous ne m’aimez plus, que m’importe la vie ?

— Je t’aime ; et quand j’irai, près de ceux qui sont morts,

M’endormir dans la nuit sans fin où tout retombe,

Qu’on jette où l’on voudra les restes de mon corps !

Si tu n’y pleures pas, que m’importe la tombe ?