Ronde d’enfants aux tuileries
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
AU printemps, dans les Tuileries,
Assise à l’écart, la maman,
Lasse de ses tapisseries,
Rêve, le doigt dans un roman.
Garçonnets et fillettes blondes,
Ayant laissé là leurs paniers
Remplis de fleurs de marronniers,
Viennent d’organiser des rondes.
Les lilas passeront.
Pas encore ;
Ils viennent d’éclore.
Les lilas passeront.
Gais enfants, dansez en rond.
Pourtant ce coin de parc magique
Fut bien terrible, aux jours passés,
Enfants, et c’est un sol tragique
Où joyeusement vous dansez.
Ici les yeux blancs des vieux marbres
Virent des cadavres semés ;
Les chevaux de guerre affamés
Ont rongé l’écorce des arbres.
Les lilas passeront.
Pas encore ;
Ils viennent d’éclore.
Les lilas passeront.
Gais enfants, dansez en rond.
Sous la verte fraîcheur des branches,
Insoucieux, tourne l’essaim
Des enfances roses et blanches
Qui vont, se tenant par la main.
Sur le sable, leurs jambes grêles
Sautillent, en bas bien tirés,
Et leur chant fait fuir, effarés,
Les ramiers et les tourterelles.
Les lilas passeront.
Pas encore ;
Ils viennent d’éclore.
Les lilas passeront.
Gais enfants, dansez en rond.
Pourtant à l’horloge qui reste
Sur le vieux palais dévasté,
Les heures d’un passé funeste
Ont jadis lourdement tinté.
Bien des spectres, quand le soir tombe,
Se croisent sous le noir couvert,
Et si ce grand arbre est si vert,
C’est qu’il pousse sur une tombe.
Les lilas passeront.
Pas encore ;
Ils viennent d’éclore.
Les lilas passeront.
Gais enfants, dansez en rond.
Tu fais peur, ô calme nature,
Grande oublieuse des douleurs,
Qui mets sur cette sépulture
Des rires d’enfants et des fleurs.
Mais l’incorrigible espérance,
Devant cet avril et ces jeux,
Rêve de jours moins orageux
Pour la vieille folle de France !
Les lilas passeront.
Pas encore ;
Ils viennent d’éclore.
Les lilas passeront.
Gais enfants, dansez en rond.