Rotterdam

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Après qu'il a franchi d'abord les terres vertes,

Pleines d'eau régulière et qu'un moulin à vent

Gouverne à chaque bout des champs, puis l'en-avant

Et l'en-arrière des écluses grand'ouvertes

Formant des lacs d'une mélancolie intense,

Presque sinistres dans l'or sanglant de cieux noirs

Où quelque voile noire, on dirait, par les soirs,

Où quelque môle noir, on dirait, rôde et danse,

Le train comme infernal et méchant sous la lune

Tout à coup rôde et danse, on dirait, à son tour,

Et tonne et sonne et tout à coup, comme en un four

De lumière très douce et très gaie, un peu brune,

Un peu rose, telle une femme de luxure

Apaisée, entre, en des barreaux entre-croisés,

Au-dessus d'une ville aux toits comme apaisés,

Aux fenêtres d'où la vie appert, calme et sûre,

Bonhomme, et forte et pure au fond et rassurante

Combien ? après tant de terreurs de cieux et d'eaux

Regardant défiler à travers des rideaux,

Galoper notre caravane délirante.