Rue de Sèze

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Dans les clairs salons de la rue

De Sèze, vit l'âme française,

Comme elle est jadis apparue

Sous Louis Quinze et Louis Seize.

Dix-huitième siècle adorable,

Oh ! comme avec délicatesse

Il sut avoir la mémorable

Élégance de sa tristesse !

O boîtes d'or, miniatures,

Déités vaguement surprises

Parmi d'idéales natures ;

Nymphes des bois dans l'herbe assises ;

Satins, étoffes envolées,

Éventails qui semblez suffire

A calmer les Grâces troublées,

Par la caresse de Zéphire ;

Calmes et souriants visages

Rhythmés, où pas un pli ne bouge

Et qui, parmi les paysages,

Nous charmez, vivants sous le rouge ;

Extases de la bucolique,

Frondaisons pleines de mystère ;

Églés que le mélancolique

Watteau guidera vers Cythère,

Avec de longs pleurs taciturnes

Je vous suis, et sous les portiques

Je vous couler l'eau de vos urnes,

O bleus paradis poétiques !

Et je vois, dans un vague souffle

De voluptés et de délire,

Pompadour ôtant sa pantoufle

Et du Barry tenant la lyre.