Ruée

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1908-01-01 - 1908-01-01

Mieux que la passion, que le galop m’emporte !

Puisse plus vif encor bondir mon cœur griffé !

Je veux partir au vent, impérieuse et forte,

Sur mon beau cheval décoiffé.

Gomme je le comprends, je veux qu’il me comprenne

Il peut violemment voler vers mon désir.

Et, du fond du danger où sa force m’entraîne.

Me faire rire de plaisir.

C’est par lui seulement qu’à moi-même j’échappe,

Quand je fonce d’un bond sur les soirs les plus beaux

Quand ses crins déployés claquent avec ma cape.

Que ma rage est dans ses sabots.

Nous ferons déferler la vague furieuse

De ton triple galop d’écume, mon cheval !

Pâle, j’assourdirai d’arabe guttural

Tes oreilles ambitieuses.

Ruons-nous ventre à terre au travers de l’été

Sans savoir vers quel but invisible je lance

Mon orgueil, ma beauté, mon rêve, ma puissance

Et ma responsabilité !

Et quand viendra la nuit, dernière Centauresse,

Redressée et vertigineuse, ouvrant les bras.

Je saluerai d’un cri de joie et de détresse

Les étoiles qu’on n’atteint pas.