Ruinæ
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Ce n'était pas loin d'ici.
Dans Issy,
Une adorable ruine
Où se réjouissait Juin
D'être loin
De Novembre qui bruine.
Juin par lequel fut rempli
Ce repli
De la bonbonnière morte,
De ciguë et de chardon,
En pur don,
A plein cintre et pleine porte
Tout alentour, des sureaux
Aux carreaux
Absents heurtaient de leurs branches :
Et l'on eût dit, des chemins,
Que des mains
Y montraient leurs paumes blanches.
Nous admirions, du dehors.
D'anciens ors
Demeurés sur les corniches ;
Des frises, des chapiteaux,
Des linteaux,
Des culs-de-lampes, des niches.
Et tout cela si joli,
Si poli,
Si plein de l'air de Versailles,
Que l'on eût dit un gala
Où balla
Une pavane en broussailles.
Ici la salle de bain ;
Saint-Gobain
Naguère y polit sa glace ;
On y glisse dans un trou.
Du Rotrou
Se lisait à cette place.
Des bas-reliefs dépouillés,
Et fouillés,
Au-dessus des cheminées
Pleines des feux embrumés,
Embaumés
De cent mille graminées.
Bibliothèque, salons
Faits vallons
Par l'invasion des plantes ;
Péristyles et parvis,
Plus gravis
Que par les mousses dolentes.
Balustrades et balcons
Aux flacons
Des roses folles en proie,
Qui prodiguent leurs parfums
Aux défunts
Édifices que l'air broie.
Les marches des escaliers
Aux souliers
Des reines habituées ;
Perrons qui ne seront plus
Descendus
Que par l'ombre des nuées.
O charmeuse vétusté !
Attesté
Soit ici ton rare baume
Plus longtemps que les sureaux
Aux barreaux
N'ont heurté leur blanche paume !