Ruinæ

By Robert Montesquiou

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

Ce n'était pas loin d'ici.

Dans Issy,

Une adorable ruine

Où se réjouissait Juin

D'être loin

De Novembre qui bruine.

Juin par lequel fut rempli

Ce repli

De la bonbonnière morte,

De ciguë et de chardon,

En pur don,

A plein cintre et pleine porte

Tout alentour, des sureaux

Aux carreaux

Absents heurtaient de leurs branches :

Et l'on eût dit, des chemins,

Que des mains

Y montraient leurs paumes blanches.

Nous admirions, du dehors.

D'anciens ors

Demeurés sur les corniches ;

Des frises, des chapiteaux,

Des linteaux,

Des culs-de-lampes, des niches.

Et tout cela si joli,

Si poli,

Si plein de l'air de Versailles,

Que l'on eût dit un gala

Où balla

Une pavane en broussailles.

Ici la salle de bain ;

Saint-Gobain

Naguère y polit sa glace ;

On y glisse dans un trou.

Du Rotrou

Se lisait à cette place.

Des bas-reliefs dépouillés,

Et fouillés,

Au-dessus des cheminées

Pleines des feux embrumés,

Embaumés

De cent mille graminées.

Bibliothèque, salons

Faits vallons

Par l'invasion des plantes ;

Péristyles et parvis,

Plus gravis

Que par les mousses dolentes.

Balustrades et balcons

Aux flacons

Des roses folles en proie,

Qui prodiguent leurs parfums

Aux défunts

Édifices que l'air broie.

Les marches des escaliers

Aux souliers

Des reines habituées ;

Perrons qui ne seront plus

Descendus

Que par l'ombre des nuées.

O charmeuse vétusté !

Attesté

Soit ici ton rare baume

Plus longtemps que les sureaux

Aux barreaux

N'ont heurté leur blanche paume !