Saint-maur

By Jacques Normand

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

La, c’était le bon temps : on espérait encore.

Te souvient-il, ami, quand se levait l’aurore,

Du réveil en sursaut, et du son argentin

Du clairon, appelant au travail du matin ?

Comme la paille alors nous semblait chaude et molle !

Quel bon lit c’était là ! Je crois, sur ma parole,

Que nous nous en plaignions en nous couchant le soir.

Ingrats ! que ferait-on aujourd’hui pour l‘avoir !

Puis, nous étions encor des soldats de parade,

Des enfants ; notre camp servait de promenade

Aux futurs bataillons des Parisiens oisifs.

Et Joinville ! Et la Marne aux détours fugitifs,

Aux flots capricieux où se miraient les branches !

Et les canots, glissant avec leurs voiles blanches !

Et le pont, dont l'écho répétait mille fois,

Faiblissant par degrés, le murmure des voix !

Ou donc s’est-il enfui, ce temps si près sans doute,

Et qui semble si loin ? Par quelle triste route,

Par quels moments affreux avons-nous donc passé,

Pour que le souvenir en soit presque effacé ?