Sanglot

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Au premier chant du merle dans le lierre,

Je me suis éveillée en sanglots haletants.

Quelle douleur sauvage, inconsolable, entière

D'avoir reconnu la voix du printemps !

O gosier du merle, ô réminiscence,

Comme tu fais sombrer ma tête clans mes doigts

Tu chantes le chant de l'adolescence,

Non le printemps présent, mais celui d'autrefois.

Je reconnais bien mon ancienne âme

Fraîche, double, pareille à Daphnis et Chloé…

Tant de choses ont en elle afflué

Vraiment, pour que je sois aujourd'hui cette femme

À ce chant soudain du merle, il me vient

Une mélancolie absurde et déchirante.

Comment m'expliquer ce qui parfois hante

Mes rêves, nonobstant tout le bon, tout le bien ?…